Archives pour la catégorie poésie

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depuis la nuit des temps le vieil homme et l’enfant observent la migration de l’ours blanc bipolaire de rien n’y comprendre et l’air de perdre le Nord et la raison pour laquelle la banquise n’est plus son exquise demeure un jour ou l’autre car l’avenir de l’ours blanc crème fouettée par les crimes climatiques rétrécit comme une peau de chagrin sous la voûte étoilée au centre de laquelle la Grande Ourse si fébrile a besoin à toute heure d’un défibrillateur afin que les pulsations aphrodisiaques du Grand Chariot dépassent le rythme subliminal du troisième mouvement des quatre saisons de Vivaldi car c’est la saison blanche et sèche qui amène les migrants à quitter bon gré mal gré le rivage des Syrtes à l’aide de leurs rêves pneumatiques gonflés à l’espoir aérien que pour espérer jouir du réchauffement empathique du cœur de l’homo habilis dont le visage en trompe-l’œil et l’expression empreinte de faux-semblants s’accordent pour créer l’illusion du mouvement perpétuel des étoiles de mer de glace que le vieil homme admire pendant que l’enfant au regard vitreux fond en larmes de verre qui se brisent en mille éclats stellaires que respire l’ours en peluche de propylène à repriser l’étoffe meurtrie de la banquise

Bernard B

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une mante religieuse vêtue de son habit vert perroquet se repaît de ses songes prophétiques dans l’ascenseur spatial qui poursuit en douceur sa descente énergétique vers l’anthropocène de théâtre de boulevard planté d’arbres artificiels vendus en kit à la foire d’empoigne par un homo sapiens marchand d’illusions d’optique qui déforment la réalité perçue par les autochtones noctambules d’une ville en transition réduite en poudre par l’explosion de rires jaunes d’un puissant manipulateur de boulier chinois qui coûte que coûte joue à la roulette russe avec les dieux qui rêvent de danser avec le diable au corps dont le poids est proportionnel à la masse des particules élémentaires qui deviennent des électrons libres de toutes les conventions de Genève promue capitale de la fête de l’amour mais pas la guerre sainte nitouche parfois au but quand les ailes du désir de la mante religieuse brûlent à vouloir pénétrer l’antre trop obscène habité par des anges déchus pour avoir hier adoré la sacro-sainte croissance et banni les herbes folles du champ des possibles laissé aujourd’hui en jachère par un homo sapiens devenu adepte de la résilience

Bernard B

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la majestueuse fourmi volante aux ailes diaphanes s’assoupit dans la paume de la main gauche de l’ineffable gardien du phare qui diffuse des idées lumineuses par intermittence du spectacle donné chaque soir au café théâtre de la rue des soupirs et demi-soupirs qui valent plus que la moitié d’un méli-mélomane devenu sans anicroche le chef d’orchestre d’un port d’attaches parisiennes et de trombones à coulisse comme la peau d’albâtre d’une sirène charmée par un fabulateur qui affabule de savon afin de laver les cerveaux cousus de fil blanc qui suivent le fil rouge des souvenirs d’une enfance passée sur la dernière exoplanète découverte grâce à l’intuition nasale alors même que les papes d’Avignon qui ont du nez la croient plate comme une feuille de vigne vierge parfumée et chauffée au bain-marie si amène devant l’éternel gardien sans fard du monde des affaires rangées méticuleusement dans une pièce à tiroir écrite avec tant de vice par un fabulateur versatile qui chaque soir programme son four à micro-ondes radiophoniques sur lesquelles est retransmise la voix lascive de la sirène d’un jour de pleine lune

 

Bernard B

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sous une lune d’un bleu outremer deux permaculteurs trentenaires à vif se sentent si outrés et si amers de savoir leurs tomates assignées à résidence porte Maillot qui moule si bien le corps diplomatique réuni dans la bibliothèque de Babel afin de rapatrier la Cœur de bœuf la Noire de Crimée et la Cornue des Andes qui viennent de s’évader d’un panier à salade et d’échapper à une brochette de poulets en batterie survoltés dans un brouhaha hallucinant qui contraint le permanent sculpteur de légumes à sortir d’un songe d’une nuit d’été caniculaire et à prendre le funiculaire pour se hisser sur le toit du beau monde des beaux quartiers de kiwi précieusement disposés sur une pièce montée à l’envers dans un atelier du seizième arrondissement de la ville de Dubaï devenue une minuscule île flottante dans les eaux thermales du Nil dont profitent chaque année les naïades abonnées à la formule magique qui transforme l’eau en poudre d’escampette que n’hésite pas à prendre le chasseur-cueilleur de tomates prêtes à l’emploi juteux après de longues études passées au jardin botanique de la porte Maillot jaune remporté haut la main droite puis la gauche par un bipède d’outre-manche propulsé sur son vélocipède aux roues de langue de bois d’aubaine qui rayonnent bien au-delà des tubes canoniques à l’obsolescence programmée sur toutes les chaînes de la médiathérapie de groupe cotée en bourse des paris sous contrôle du livre des comptes perdus par des gnomes provenant d’Elfes d’Aquitaine aux stations d’huiles essentielles de tomate poivrée dont se servent les naïades pour masser le corps diplomatique

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comme chaque soir veille la vieille dame longiligne à ligne brisée par le rêve d’une valse de Vienne à mille temps passés à danser avec les loups de mer rouge de mer noire et de mer morte de peur de se jeter à l’eau de vie quotidienne dans une baignoire sans fond où tout corps plongé reçoit une ancestrale poussée de bas en haut de l’arbre généalogique qui fleurit chaque hiver dans l’île de la rituelle réunion qui commence au crépuscule et s’achève en minuscules que des gens de lettres mélangent avec de belles fraises cueillies au bois dormant très peu la nuit si bien que la femme si grande d’âme en peine d’épancher ses larmes de crocodile en profite pour arroser son jardin secret mais aussi celui du voisin qui peste contre la toute croissance de l’herbe folle semée par le propriétaire des lieux-dits à voix haute que n’entend point la muse d’un âge très allongé sur le cerf- volant qui traverse le siècle des lumières à basse consommation dont les prix ne cessent de chuter sur les lourds pavés sous lesquels la plage déroule son tapis pourpre d’émotion de sueur et de sang qui s’écoule paisiblement dans les veines d’un marchand de sables mouvants dans lesquels s’enfonce la vieille dame longiligne à ligne de fond d’un puits de rêveries de la promeneuse solitaire

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deux équipes de criquets nomades s’affrontent en hockey sur glace à la vanille fondue sur le toit végétalisé d’une tour infernale dans l’une des îles des Cyclades dont l’économie circulaire est égale au produit du diadème de la princesse de Clèves par le nombre de pies qui bavardent en langue des cygnes sous la voûte céleste qui contient des myriades et myriades d’étoiles de mer qui se reproduisent le premier lundi de chaque mois en mode recto verso au fond de la piscine olympique des derniers jeux d’hiver du Sahara que la caravane du tour de France traverse de long en large et de haut en bas mais les cyclistes mécontents de tourner en rond renoncent aux astéroïdes qui abritent tant d’héroïnes de l’antique iniquité si diamétralement opposée aux valeurs de la république des idées neuves et d’occasion dont la cote arguée par de drôles de gus bouscule les agences de notation créées par des financiers qui jettent de la poudre aux yeux et de la poudre d’amandes sur les peuples nomades de criquets qui ne sont plus ok pour s’affronter sur les toits d’ardoise du monde

Bernard B

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le petit prince sans rire vient de quitter le ballon dirigeable dans le sens inverse des aiguilles d’une montre dessinée par une Alice émerveillée par l’atterrissage en douceur d’une laine de mouton de la planète des singes dont le mercure monte si haut dans les sphères dominantes qui ne dominent pas toujours la situation sur la carte du menu fretin des misérables du seizième arrondissement de la ville des paris perdus le jour d’après la nouvelle vague sur laquelle surfe le bel ami qui est le tombeur de ces dames de nage indienne Cheyenne mais c’est une autre paire de Comanches que d’aller cueillir la fleur et de ne pas l’emporter au paradis fiscal où l’argent est roi sans reine mais surtout sans petit prince dont la chevelure d’or coûte les yeux de la tête d’une épingle à cravate que porte l’allumeur des réverbères qui s’allument toujours autour de minuit afin d’empêcher les girafes picoleuses de glisser sur une peau de banane ou de se coincer la tête dans les caténaires qui alimentent le tramway nommé désir au fin fond du Tennessee à métal hurlant que les humanoïdes anciennement associés utilisent pour couper court à toutes les histoires extraordinaires d’une ville de la rive gauche du Pô nichée entre deux cratères de la lune de miel d’abeille qui butine une fleur de java appelée aussi île du millet recueilli avec impatience par ses glaneuses

Bernard B

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au dernier étage d’une tour carrée des îles Shetland un éléphant de mer joue aux échecs avec une amazone de turbulence au teint lumineux par intermittence et au regard perçant à contre-jour mais cette cavalière qui ne supporte pas l’échec monte sur ses grands chevaux puis sur un mustang qui se prend pour le roi du monde alors la reine d’Amazonie va finir par mater ce roi qui se meurt de manière si absurde alors même que la plupart de ses sujets qui ne sont habituellement que des pions décident de bouleverser l’échiquier politique d’emprunter la diagonale du fou et de jouer la divine comédie de boulevard le long duquel des réverbères diffusent des perles de pluie qui glissent si bien sur la peau d’albâtre de l’amazone libre de ses mouvements dont l’onde limpide se propage d’une case à l’autre au grand dam de l’éléphant de mer qui n’a pu sauver son roi et l’extirper de la machine à laver les cerveaux cousus de fil blanc puis enfin les deux joueurs quittent la partie descendent les escaliers de la tour carrée et franchissent une nouvelle frontière entre rêve et réalité entre deux états d’âme

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deux méduses callipyges qui viennent de passer un séjour tamisé en Patagonie britannique descendent de l’aéronef à voile austronésienne pour participer à un grand tournoi de golf sur le Mont Blanc plus blanc que la blancheur de l’australopithèque des villes tentaculaires du Sud de l’Antarctique que Paul et Virginie ont découvertes en l’an mille après Robinson Crusoé précisément un vendredi or sous les limbes du pacifique jardin d’Eden l’australien de la pinacothèque médusé par la balle de golf qu’une des deux métazoaires a catapultée dans l’océan indien s’adonne alors à ses deux passions favorites en l’occurrence la pêche aux sirènes au large des côtes de Terre-Neuve puis la culture des pommes de terre dans les jardins de l’Académie française qui n’en finit pas de pérorer sur le point de suspension hydropneumatique ou sur le point G qui se situe exactement sur l’hypoténuse entre les points F et H et alors même que l’austral épicurien tente d’arrondir les angles les deux méduses calées en gymnastique acrobaltique mesurent à l’aide d’une pige le niveau de la mer Égée entre les îles flottantes Lesbos et Andros sans craindre aucunement la déconfiture de fraises des quatre-saisons dont Vivaldi se délecte impunément à l’ombre des jeunes filles en fleurs qui viennent de passer un séjour tamisé en Patagonie britannique

Bernard B

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une tortue cubique d’une inextinguible grâce et d’une élasticité d’esprit désarmante vient de croiser un drôle de zèbre juché sur les épaules de son meilleur ami et pendant que copains comme cochons les deux loustics s’évertuent à pédaler dans la choucroute le vélocipède à six sous-papes excommuniés pour avoir perdu les clefs asiatiques poursuit son chemin par monts et par vaux durant au moins trois millions de secondes mais subitement un des six pneus du double tricycle laisse éclater sa colère noire qui vire ensuite au rouge vermillon ou vers Millau car la tortue conique bien installée dans son aviron natal fait la sourde oreille et plutôt que de prêter patte forte aux deux loustics gagnés par les tocs préfère ramer dans la rivière où tant d’eau a coulé sous les ponts pontificaux ou sous le pont d’Avignon sur lequel au crépuscule dansent les idoles païennes puis toute la nuit quand le quart de lune est bleue comme une banane mais tout a une fin et ainsi le rêve est parti et les festifs alliés naturels de la liberté n’en sont pas revenus ni la tortue devenue laconique et coite une fois arrivée à bon port quelque part entre la Canebière de Noël et la Cannes à sucre en poudre aux yeux qu’on jette afin d’éblouir un drôle de zèbre

Bernard B